En partant au Ministère le lendemain, Youlia aperçut le chien couché dans un recoin de la ruelle. Celui-ci se leva dès qu’il la vit et la suivit jusqu’au bâtiment imposant mais n’y pénétra pas à sa suite.
La jeune femme s’étonnait de l’attitude de l’animal et commençait à se poser des questions.
Quelques minutes plus tard, accoudée à son bureau, elle pensait encore au chien noir et à l’étrangeté de la situation quand quelques coups frappés à la porte la tirèrent de ses songes.
- Oui, dit-elle d’une voix douce.
Le battant s’ouvrit pour laisser place au Ministre et à Tarass qui semblaient tous deux d’humeur morose.
- Youlia, commença M.Obalonsk. J’ai une bien mauvaise nouvelle.
- Qui a-t-il ? demanda-t-elle tout de suite inquiète.
- M.Gantcheff a disparu.
- Quoi ?! s’exclama-t-elle. Comment ça disparu ?
- Sa fille est passée lui rendre visite hier et a retrouvé sa maison sans dessus dessous et aucune trace de son père. Il semblerait qu’il ait été enlevé.
- m**** ! grogna la jeune femme entre ses dents.
Tarass les regardait tour à tour sans comprendre pourquoi cette disparition les affectait tant.
Youlia releva la tête et croisa son regard interrogateur. Elle lui expliqua alors :
- Le professeur Gantcheff était professeur de potions mais c’était aussi un éminent traducteur… Nous avions fait appel à lui concernant le manuscrit…
- A… Alors… Les gens qui l’ont enlevé vont découvrir ce que contenait le parchemin ?!
- Non, intervint le Ministre. Gantcheff avait prêté serment. Personne ne pourra lui arracher la moindre confession…
Le jeune homme blêmit et Youlia se prit la tête entre les mains.
- C’est terrible, dit le jeune homme. S’il ne leur est d’aucune utilité, ils vont le tuer…
- Ils le tueront de toute façon, le reprit sa collègue. Il n’est pas dans leurs habitudes de s’encombrer de témoins gênants…
Ils s’abîmèrent tous les trois dans un silence sinistre. L’ombre de la mort sembla planer un instant sur leurs têtes.
Tarass fixa longuement la jeune femme d’un air grave.
- Tu es plus en danger que jamais, Youlia, lui dit-il. Cette fois je m’installe chez toi.
- Je sais me défendre, Tarass, répliqua-t-elle avec mauvaise humeur. Et jusqu’à présent, personne ne s’en est pris à moi !
- Tu oublies Black !
- On ne savait pas ce qu’il faisait là ! Il cherchait peut-être Gantcheff, dit-elle avec mauvaise foi.
- Ben voyons ! Et il le cherchait dans ton bureau ! répondit le jeune homme excédé.
- Allons, allons les enfants, intervint le Ministre. Ce n’est pas le moment de vous chamailler…
Il attendit un instant que les deux jeunes gens se calment avant de reprendre :
- Tarass, vous avez raison de vouloir protéger Youlia, si elle venait à disparaître, ce serait un drame pour nous tous.
Youlia grogna dans son coin en croisant les bras.
- Quant à vous Youlia, vous êtes notre meilleur élément mais on ne peut pas se permettre qu’il vous arrive quoi que ce soit alors, à moins que vous n’ayez une autre idée, je serai d’avis que Tarass veille sur vous.
La jeune femme jeta un regard contrarié à son collègue mais se détendit bien vite quand elle y vit toute son inquiétude se refléter sur son visage.
Elle poussa un profond soupir avant de répondre d’une voix laconique :
- Je vais y réfléchir.
Les deux hommes eurent un sourire de connivence et, après quelques mots de politesse, prirent finalement congé.
Youlia passa une très mauvaise journée à chercher désespérément un moyen de se protéger pour éviter toute cohabitation avec le charmant mais non moins envahissant Tarass.
Elle quitta enfin le bureau et rentra, comme à son habitude, à pieds chez elle. Elle fut surprise de retrouver le chien noir qui visiblement l’attendait à la sortie du Ministère et qui lui emboîta immédiatement le pas.
Elle songea soudain que si ce chien était bien celui du professeur Gantcheff alors il n’avait certainement plus de maître.
Elle s’arrêta un instant pour dévisager l’animal qui ne détourna absolument pas ses grands yeux marrons des siens.
Cette confrontation muette la troubla étrangement, comme si elle avait la sensation que ce chien essayait de lui dire quelque chose.
Elle secoua la tête en souriant et en se moquant d’elle-même. Elle devait décidemment être bien fatiguée pour s’imaginer qu’un vulgaire chien puisse avoir une quelconque intelligence.
Soudain, alors qu’elle traversait une ruelle déserte qu’elle avait déjà emprunté un millier de fois, une ombre inhabituelle la fit sortir de ses pensées.
Discrètement, elle s’empara de sa baguette sous son nouveau manteau de cuir et scruta avec attention les trois individus qui s’approchaient d’elle.
Quand elle se rendit compte qu’eux même tenaient leur baguette en main, elle se retourna vivement pour se retrouver en face de deux autres hommes. Elle était cernée, prise au piège.
- Qui êtes vous et que voulez vous ? demanda-t-elle sans laisser filtrer son angoisse.
- Nous voulons le parchemin, dit un des hommes d’une voix caverneuse.
Il s’avança dans un rai de lumière et elle distingua alors parfaitement le masque d’un mangemort sous sa capuche.
- Le parchemin a été détruit, dit-elle sans se laisser intimider le moins du monde.
L’homme qui avait parlé ri d’un air sarcastique.
- Nous savons qu’il n’en est rien alors si tu tiens à la vie, donnes nous ce manuscrit, fit-il en tendant une main gantée pour réclamer son dû.
Youlia se recula imperceptiblement avant de se souvenir des deux hommes qui se trouvaient derrière elle. Elle serra les mâchoires et, sans prévenir tendit, sa baguette en hurlant :
- Expelliarmus !
- Protego ! cria l’homme.
Le sort éclata sur le bouclier magique et la jeune femme dû se protéger derrière son bras. Un autre mangemort s’était approché et lança à son tour :
- Expelliarmus !
- Reducto ! hurla-t-elle aussitôt.
- Argh !
L deuxième homme s’effondra en jurant comme un charretier et le combat commença alors vraiment.
Youlia esquiva trois sortilèges avant d’être touchée à l’épaule. Elle mit à terre deux des hommes avant de comprendre qu’elle ne s’en sortirait pas indemne. Tandis qu’elle s’essoufflait en cherchant une issue improbable, un des mangemorts lui tomba dessus et ils roulèrent au sol dans un corps à corps acharné.
La jeune femme finit par lui donner un coup bien senti dans le tibia, qui émit un craquement sonore, et se releva précipitamment pour se retrouver face à face avec la baguette de celui qui s’était adressé à elle au départ.
- Il ne sert à rien de lutter, dit-il de sa voix rauque. Ou tu nous donnes ce que nous voulons ou nous te tuons.
Youlia fixa la baguette de l’homme un instant avant de lui répondre avec un rictus mauvais :
- Alors je mourrais… mais jamais vous ne vous en emparerez ! répondit-elle en esquissant un geste sur le côté pour tenter de s’enfuir.
Le mangemort grogna et leva le bras pour lancer le sort mortel quand une ombre bondit soudain derrière lui et attrapa avec force le bras de l’homme, l’entraînant dans sa chute.
Surprise, la jeune femme regarda d’un air hagard le chien noir qui se jetait à la gorge du second mangemort.
A la vue du sang, elle se reprit alors et combattit de toutes ses forces les autres hommes qui prirent rapidement la fuite devant se retournement de situation.
Leur chef se releva tant bien que mal et son regard étincela derrière le masque quand il s’adressa à elle :
- Nous reviendrons. Ce n’est que partie remise…
Et il disparut aussitôt.
Youlia baissa alors sa baguette et regarda d’un air perdu autour d’elle.
Le chien qui l’avait sauvé était couché sur le sol et se léchait une patte en gémissant.
Curieuse, elle se rendit compte que le sang qu’elle avait vu plus tôt n’était pas celui du mangemort mais celui de l’animal.
Sans réfléchir, elle se précipita alors vers lui et, en s’approchant, examina avec attention la plaie qui zébrait son épaule.
Elle passa à plusieurs reprises sa baguette au dessus de la blessure et celle-ci se referma lentement sans que le chien n’ait bougé d’un millimètre, la scrutant de ses grands yeux de velours.
- Tu m’as sauvé la vie, dit-elle enfin à l’animal d’une voix étouffée.
Le chien aboya une fois et remua la queue pour montrer sa joie. Youlia sourit et une idée lumineuse lui traversa l’esprit.
- Tu ferais un très bon garde du corps !
Nouvel aboiement.
Elle se redressa et le fixa avec un regard neuf.
- Très bien ! dit-elle. Alors c’est toi qui sera chargé de ma protection à partir de maintenant !
Le chien noir aboya deux fois et bondit autour d’elle comme pour lui signifier qu’il avait comprit la mission qu’elle venait de lui confier et qu’il était heureux.
- Tu es vraiment un animal étrange, murmura-t-elle en le suivant vers son appartement.
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